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Une curiosité pour l’inconnu transforme une vie

Renée Giroux avec des enfants Orang Asli ("hommes des origines" en malais) du territoire Kuala Krai, État de Kelantan, Malaisie. 1976. Partager
Il y a presque 35 ans, Renée Giroux complétait ses études collégiales et se préparait à des études universitaires en architecture. Par contre, un besoin de vivre une aventure et de se lancer dans un environnement inconnu a complètement transformé le parcours de sa vie. Renée, maintenant gestionnaire régionale du programme Asie à la Fédération canadienne des municipalités (FCM), nous raconte sa première expérience comme volontaire avec Jeunesse Canada Monde (JCM) et l’impact que cela a eu sur sa vie.

Parle-moi de ta première expérience comme volontaire. En 1975 tu es partie pour la Malaisie. C’était ta première expérience à l’extérieur du pays?

Oui. J’avais 18 ans et j’étais unilingue francophone. Je n’avais jamais vraiment eu d’expériences interculturelles, à part quelques étudiants étrangers dans certains de mes cours au Cégep. Donc je sortais vraiment d’un environnement monoculturel sans aucune expérience à l’international.

Qu’est-ce qui t’a incitée à faire à vivre cette aventure?

Je finissais le Cégep puis j’avais été acceptée à l’université au programme d’architecture. C’était vraiment, je pense, l’attrait de l’inconnu qui m’a motivée. La possibilité aussi d’apprendre l’anglais – le programme JCM comprend toujours un volet canadien avant d’aller outre-mer et celui-ci était dans l’Ouest canadien. J’étais un peu fatiguée du côté académique et j’avais le goût de vivre autre chose, d’apprendre en vivant une aventure. J’étais aussi attirée par l’expérience de groupe que Jeunesse Canada Monde proposait.

Il y avait deux projets de travail au Canada : un à Nanaimo en Colombie-Britannique et l’autre à Brooks en Alberta. Donc c’étaient des séjours de deux mois dans chacun des endroits avant d’aller pendant quatre mois dans notre pays hôte, la Malaisie.

Qu’est-ce qui t’a le plus marquée de cette première expérience – le volet canadien ou le volet à l’étranger?

Les deux m’ont marquée, c’est sûr, parce qu’il y avait un dépaysement total à cause de la langue dans les deux endroits. Mais je pense que ce qui m’a le plus surprise c’est de vivre un choc culturel dans mon propre pays, avant même d’aller à l’étranger.

Tu ne t’attendais pas à ça?

Pas du tout. Et ce n’était pas seulement la langue. Quand je suis arrivée dans le sud de l’Alberta, j’ai découvert des valeurs différentes, une culture différente. À cette époque, il y avait vraiment un fort sentiment nationaliste au Québec et ça dérangeait beaucoup dans le reste du pays. C’était la première fois que j’étais exposée à des questionnements par rapport à ce mouvement-là.

Et puis en Malaisie?

En Malaisie, le plus grand choc a été d’être beaucoup entourée, de perdre un peu de ma liberté et de mon espace vital et de vivre avec des familles polygames.

On ne t’avait pas préparée à ça?

Oui, mais lire à-propos de ces différences culturelles et vivre dans une maison où c’est pratiqué, c’était vraiment autre chose pour moi! C’est un choc et puis tu as tendance à porter des jugements de valeur par rapport à ça. À 18 ou 19 ans, pour moi, ce n’était vraiment pas dans mon champ de référence. C’était mon premier vrai contact avec l’Islam et cela m’a marquée. Grâce à mon expérience JCM, j’ai appris à mieux connaître, à accepter et à respecter ces différences.

Aussi, à l’époque, la Malaisie était un pays plutôt pauvre : il y avait beaucoup d’enfants pauvres qui mendiaient dans les rues. Je n’avais jamais vraiment été confrontée à un tel degré de pauvreté. Finalement, j’ai été surprise et fascinée par la grande diversité culturelle en Malaisie. Il y a trois ethnies différentes qui vivent ensemble; les Malais, les Chinois et les Tamouls. Je venais d’un endroit au Québec ou il y avait très peu de diversité culturelle, alors cette diversité en Malaisie m’a aussi frappée.

Il faut aussi souligner que dans le temps on n’avait accès à Internet et tous les autres moyens de communication qui existent maintenant.

Quand on m’a dit que j’allais en Malaisie, heureusement j’avais mon atlas pour trouver le pays sur la carte du monde!

Est-ce que tu te souviens comment tu te sentais au retour au Canada? Si tu as eu le choc au retour?

Mon retour a été vraiment difficile parce que je me sentais très isolée. Je venais de vivre une expérience tellement intense et il y avait très peu de personnes autour de moi qui avaient vécu ce genre d’expérience et avec qui je pouvais partager ce que je venais de vivre. Tu viens de vivre quelque chose de tellement intense et tu as besoin d’en parler. Durant la première année après mon retour, je suis retournée aux études et j’ai essayé de trouver des façons de rentrer en contact avec d’autres participants de mon groupe. On se rencontrait à Montréal ou à Québec ou encore, Toronto. Il a fallu beaucoup de temps pour me sevrer en quelque sorte de cette expérience très intense que je venais de vivre et qui m’avait profondément marquée, pour passer à une nouvelle étape de ma vie. Je ne suis pas certaine qu’à cette époque-là on comprenait bien le phénomène du choc du retour, et j’y étais bien mal préparée!

Peux-tu me nommer une nouvelle compétence que tu as acquise grâce à cette expérience?

Avant de vivre cette expérience, j’étais francophone unilingue et je suis revenue parfaitement bilingue. Ces nouvelles compétences linguistiques m’ont vraiment ouvert des portes sur le monde. Pour moi, la question des langues ça fait partie de comprendre la culture – que ce soit ici au Canada ou ailleurs. J’ai appris un peu de la langue là-bas – le Bahasa Malaysia. Pour moi c’est devenu essentiel, partout où j’ai travaillé par la suite, d’essayer d’apprendre les rudiments de la langue. Ça ouvre des portes et puis ça ouvre la porte à la culture et aux valeurs des gens.

À ton retour, tu es retournée aux études en architecture?

Non. Une des choses que j’ai réalisée en vivant cette expérience est que j’aimais beaucoup travailler avec les gens. Alors j’ai décidé d’étudier la psychologie.

Donc on voit déjà une influence ou un impact de cette première expérience?

Une influence sur mes champs d’intérêt dans mes études. Et puis pendant mes études, j’ai continué à m’impliquer en faisant du bénévolat pour Jeunesse Canada Monde. Après mes études, j’ai postulé pour devenir agent de groupe et j’ai travaillé pour Jeunesse Canada Monde pendant près de quatre ans.

C’est là que tu as rencontré ton conjoint.

C’est là que j’ai rencontré mon conjoint.

Depuis ce temps, tu as travaillé, soit ici au Canada ou à l’extérieur du pays, dans le monde du développement international et de l’interculturel. Vous avez travaillé, ton conjoint et toi, comme coopérants au Togo pendant deux ans. Ensuite, à ton retour, tu as travaillé pour une firme privée qui se spécialise en formation interculturelle, Graybridge Malkam. Et maintenant tu te retrouves à la FCM. Je saute certainement des étapes?

Oui, mais pas beaucoup d’étapes. J’ai aussi travaillé pour South Asia Partnership Canada, une ONG qui gérait, entre autres, un projet d’appui aux petites et moyennes ONG du Sri Lanka. Maintenant avec la FCM, je m’occupe des programmes de développement municipal en Asie. J’apprécie beaucoup les valeurs de partenariat sur lesquelles nous mettons l’emphase à la FCM, ce respect mutuel qui se développe entre nos partenaires du sud et les bénévoles municipaux canadiens avec qui ils travaillent sur nos projets de développement.

Évidemment, les parents ont eu une influence sur leurs petits; vos deux enfants ont aussi participé à des programmes de jeunes volontaires à l’international?

Oui. Notre fille est allée en Inde et en Ontario avec JCM. Puis ça a un peu changé le cours de sa vie elle aussi. Je pense qu’en Inde, elle a découvert un aspect du monde auquel elle n’avait pas du tout été exposée. Notre fils quant à lui est allé au Botswana avec un échange tripartite axé sur l’environnement; il y avait dans son groupe des jeunes du Botswana, d’Afrique du Sud et du Canada.

Vous êtes vraiment une famille de citoyens du monde?

C’est un concours de circonstances. On n’a jamais dit à nos enfants : « Vous devriez vous inscrire à un programme jeunesse comme JCM et voir le monde! » C’est de leur propre chef qu’ils on fait des démarches pour participer au programme de JCM. Un des aspects intéressants de cette expérience-là pour mon conjoint et moi est le fait que nous ayons développé un réseau d’amis très proches qui avaient eux aussi fait Jeunesse Canada Monde – pas nécessairement la même année, pas nécessairement aux mêmes endroits, ou alors qui avaient vécu ou travaillé à l’étranger dans le cadre d’autres programmes de coopération. Nos enfants ont grandi avec ça et ont sûrement entendu bien des histoires et des anecdotes qui ont frappé leur imaginaire. Donc ce n’est pas surprenant qu’ils aient à leur tour développé un intérêt pour une expérience telle que Jeunesse Canada Monde!

Merci Renée.

Mon plaisir.

Pour en savoir plus

La coopération internationale, le volontariat et l’efficacité interculturelle
Agence canadienne de développement international : secteur volontaire
Agence canadienne de développement international : partenaires canadiens secteur volontaire