Web 2.0 pour le développement

Membres du réseau « Union des femmes rurales ouest-africaines et du Tchad (UFROAT) » participant à un atelier de formation sur les applications du Web 2.0 à Ouagadougou, au Burkina Faso, en octobre 2009; Photo : Rambaldi ©/CTA.

Giacomo Rambaldi est le coordonnateur principal de programme du Technical Centre for Agricultural and Rural Cooperation (CTA) des Pays-Bas. Il compte 28 années d'expérience professionnelle pour l'ACP, en Amérique latine et en Asie du Sud et du Sud-Est au sein de diverses organisations internationales. Giacomo est un expert des technologies de l'information et des communications pour le développement (ICT4D).

Qu'est-ce que le Web 2.0 pour le développement?

Le modèle participatif du Web 2.0 pour le développement est une façon d'utiliser les services en ligne pour améliorer l'échange d'information et la production de contenu en collaboration dans le contexte du travail de développement. Les acteurs du développement peuvent facilement communiquer avec d'autres intervenants, avoir un accès sélectif à l'information, produire et publier leur contenu et le redistribuer. Ils peuvent intégrer, combiner, assembler, générer, modérer et modifier légèrement le contenu. Dans le cadre d'un scénario type du Web 2.0 pour le développement, les fonctionnalités et données provenant d'un certain nombre d'applications en ligne gratuites ou peu onéreuses sont combinées et présentées comme des applications composites. Cette méthode permet d'assurer qu'un large éventail de services en ligne est offert à faible coût.

« L'habilitation est au cœur du Web 2.0, ce qui fait qu'il se prête à de nombreux secteurs. Selon moi, la difficulté est de donner une voie aux plus marginalisés. »

Quelle est la mission de la passerelle du Web 2.0 pour le développement?

Le Technical Centre for Agricultural and Rural Cooperation EU-ACP (CTA) a pour mandat de faciliter l'accès à l'information relative à l'agriculture et au développement rural dans 78 pays d'Afrique, des Antilles et du Pacifique et sa diffusion. Notre objectif est de contribuer à la salubrité alimentaire, à la prospérité et à la bonne gestion des ressources naturelles dans ces pays.

Depuis 2009, nous organisons des possibilités d'apprentissage sur le Web 2.0. Il s'agit d'activités de cinq jours où l'on présente directement aux participants des applications Web 2.0 pour le travail professionnel. Jusqu'à maintenant, nous avons formé environ 1 500 personnes provenant de 14 pays d'Afrique, des Antilles et du Pacifique. La formation va de pair avec l'intégration des participants à des communautés professionnelles comme DGroups ou LinkedIn. Il s'agit d'une initiative à coûts partagés : nous créons des partenariats avec les établissements hôtes locaux et offrons du financement pour la tenue de l'activité, l'embauche et le déploiement de formateurs et le fait de fournir le programme de cours et d'autres documents. Les participants assument les coûts de leurs déplacements, de leur hébergement et de leurs repas.

Y a-t-il des secteurs de développement qui se prêtent davantage aux projets liés au Web 2.0?

L'habilitation est au cœur du Web 2.0, ce qui fait qu'il se prête à de nombreux secteurs. Selon moi, la difficulté est de donner une voie aux plus marginalisés, à ceux qui n'en ont pas. J'ai travaillé avec de nombreuses collectivités autochtones, et je peux vous dire que, quand le Web 2.0 est installé par-dessus d'autres méthodes communautaires comme l'élaboration du plan de participation, il « donne du pouvoir » et de l'autorité au savoir local et permet même aux personnes illettrées de jouer un rôle sur la scène internationale. Il ne faut pas oublier que le Web 2.0 est relativement nouveau. YouTube et Google Earth ont été créés en 2005. C'est également le cas de nombreux autres outils et applications Web 2.0.

Quels sont les facteurs clés permettant de déterminer la réussite d'un projet Web 2.0 pour le développement?

D'après mon expérience, je dirais que la réussite dépend essentiellement de l'engagement personnel de quelques personnes à consacrer du temps pour réunir des pairs dans l'univers virtuel. De cette façon, on encourage et favorise le développement des communautés et le nombre de membres augmente, tout comme le contenu généré. Les communautés de pratique sont plus que de simples réseaux; elles mobilisent les gens dans le but d'améliorer une pratique.

La réputation en ligne des animateurs ou des « artistes sociaux » comme Etienne Wenger les appelle, est essentielle. La qualité des discussions et des échanges est également essentielle, car elle peut mener à une autre composante de base, qui est la confiance. La reconnaissance est le dernier pilier déterminant la réussite ou l'échec de l'engagement. Nous parlons ici de la reconnaissance par les employeurs des « artistes sociaux » pour ce qu'ils font et le temps qu'ils investissent dans l'amélioration des collectivités; de la reconnaissance pour tous ceux qui contribuent aux échanges et à l'amélioration de la pratique.

« Dans le monde du Web 2.0, une campagne internationale de défense des droits peut être mise sur pied avec quelques centaines de dollars. »

Quelle est la meilleure approche pour entreprendre un projet Web 2.0 pour le développement?

J'aimerais pouvoir donner une réponse claire à cette question.

Je pense que les projets axés sur la demande sont plus susceptibles d'avoir du succès à long terme. Bien sûr, il y a de nombreuses façons de comprendre les termes « axé sur la demande » et « participation », dont le sens va de la « participation passive » à la « mobilisation indépendante ». Selon moi, ce qui compte le plus est de mobiliser les utilisateurs ou utilisateurs potentiels dès le début, à l'étape de la conception du projet.

Quelles sont certaines des contraintes?

Les contraintes bien connues dans les pays en développement sont liées au manque de matériel, de logiciels et de connectivité. Compte tenu de la disponibilité de plateformes multimédias conviviales et de moins en moins onéreuses, je ne pense pas que le fait d'être analphabète soit un obstacle monumental aujourd'hui. Dans le monde du Web 2.0, une campagne internationale de défense des droits peut être mise sur pied avec quelques centaines de dollars mais exige également beaucoup de temps de bénévolat pour explorer, apprendre et utiliser les applications offertes en ligne.

Qu'en est-il des obstacles linguistiques?

La majeure partie du contenu sur le Web est disponible en anglais, mais les gros joueurs comme Google ont investi beaucoup d'argent dans les plateformes multilingues. Je pense que le choix est tellement vaste sur le Web d'aujourd'hui que les personnes peuvent choisir ce qui leur convient le mieux et surmonter des obstacles liés à la langue.

Qu'en est-il des médias sociaux ─ sont-ils utilisés efficacement pour améliorer les activités de développement?

Je pense que les médias sociaux sont excellents pour accroître la sensibilisation et pour mobiliser les communautés qui connaissent bien Internet. Il y a également des outils en ligne que je ne considère pas comme étant des médias sociaux. Ushahidi, par exemple, permet aux personnes de contribuer en créant des rapports géospatiaux en temps réel de situations données. Ces personnes sont à l'avant-garde et contribuent à ce que l'on appelle l'information granulaire que la plateforme met en contexte et dont elle donne une image plus vaste en temps réel ou presque. Cela peut ensuite être utilisé par les organismes d'aide pour fournir plus efficacement de l'aide pendant les situations de crise, par exemple.

« Quand je travaille dans le domaine, j'essaie toujours de mettre sur pied des équipes multidisciplinaires et multiculturelles. J'ai travaillé sur presque tous les continents et j'ai compris que le fait de comprendre les coutumes, les valeurs et les traditions locales est le point d'entrée. »

Que répondriez-vous aux critiques qui disent qu'il est mal d'offrir à un village l'accès aux technologies Web 2.0 alors qu'il n'a pas d'eau potable?

Je pense que les paramètres ont changé, mais la question est toujours la même : qu'est-ce qui est venu en premier, l'œuf ou la poule? J'ai participé à de nombreux exercices visant à dresser le plan de la participation et je me souviens d'un village en Indonésie où on m'a dit ce qui suit : « Si vous n'êtes pas sur une carte, vous n'existez pas ». Le fait d'être sur la carte vous permet d'obtenir des services sociaux. Le fait d'être présent en ligne vous permet de vous faire entendre. L'accès à Internet pourrait vous donner des idées sur des façons de purifier votre eau ou d'éclairer votre maison sans électricité.

Comment le savoir-faire culturel vous aide-t-il dans votre travail?

Quand je travaille dans le domaine, j'essaie toujours de mettre sur pied des équipes multidisciplinaires et multiculturelles. J'ai travaillé sur presque tous les continents et j'ai compris que le fait de comprendre les coutumes, les valeurs et les traditions locales est le point d'entrée. Cela dit, les personnes qui travaillent dans le domaine du développement font souvent face à des limites de temps et à des barrières linguistiques et ne peuvent pas s'immerger suffisamment dans la réalité locale. Par conséquent, l'établissement de partenariats avec des acteurs du développement ou des intervenants locaux et la planification de stratégies d'entrée et de sortie acceptables sur le plan culturel est une bonne pratique.

Nous avons publié récemment une trousse de formation sur « la communication et la gestion participative de l'information spatiale », et l'éthique, les attitudes et les comportements des technologies intermédiaires, des travailleurs du secteur du développement et des chercheurs sont en sont le sujet central. Il y a beaucoup d'expérience en gestion des questions culturelles, ce qui, au bout du compte, soutient la transmission des pratiques exemplaires, qui est intégrée dans cette trousse.

Comment intégrez-vous la culture et les traditions locales?

L'une des façons de faire est d'offrir des produits ou des plateformes multilingues. Je crois que DotSUB est un bon exemple d'externalisation ouverte au profit de la diversité culturelle. Sur DotSUB, les personnes peuvent transcrire et traduire les sous-titres de productions vidéo. Il y a des vidéos traduits dans plus de 50 langues ─ je trouve que c'est formidable!

Est-ce que les modèles du Web 2.0 doivent être adaptés aux différents contextes culturels? Le cas échéant, dans quelle mesure cette adaptation doit‑elle se faire de façon granulaire?

À mon avis, tout dépend du sujet et des utilisateurs prévus. Je participe actuellement au débat sur les services concernant le climat et l'élaboration d'une interface utilisateur. Je pense que c'est un bon exemple de services et d'interactions où l'échelle et le lieu sont importants. Les utilisateurs des ressources décident eux‑mêmes de la façon, de l'endroit et du moment où semer des plantes potagères ou de l'endroit où mener le troupeau en fonction d'un éventail de données, notamment le savoir local et la capacité de prévoir les saisons transmis de génération en génération. Cependant, la prise de décisions ne se limite pas à cette dimension et en englobe bien d'autres, comme les réseaux sociaux, les loyautés locales, les valeurs culturelles, l'intuition, les croyances, etc. La grande difficulté consiste à déterminer si les scientifiques peuvent communiquer leurs prévisions à grande échelle et les rendre acceptables et utilisables pour les utilisateurs finaux. De plus, l'échelle, le lieu, la pertinence et le moment sont importants.

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